Lettre ouverte au Président de la République (septembre 2022)

Fin de l'abondance, cas pratique

Monsieur le Président,

Vous nous avez signifié la « fin de l’abondance ». Les raisons de vos propos ne sont apparemment pas comprises par certains services de l’Etat.

Les traductions en actes de vos directives se résument ici quotidiennement en participation active au réchauffement climatique, gabegie de l’argent public, pollution de l’air, pollution sonore, confusion des intérêts publics et privés, marchés publics discutables.

En effet 70% du chiffre d’affaire de l’association locale Pau Parachutisme Passion de Lasclaveries (prétendue à but non lucratif), provient de nos impôts qu’il s’agisse de subventions publiques ou de contrats publics du ministère des Armées.

Notre colère est d’autant plus grande que l’écart entre vos discours et la pratique de certains de vos services s’appuie dès l’origine sur ce qu’ont ainsi décrit les maires du secteur dans une lettre au préfet : « L'installation de ce paraclub a été autorisée sans enquête préliminaire et en dépit des protestations de toutes les communes limitrophes (...) mis à part le maire de Lasclaveries. En effet celui-ci a bénéficié à titre personnel de l'installation du paraclub en louant des terrains au mépris des règles de tranquillité publique dont il est le garant. »

Cette confusion d’intérêts qui porte sur 12 ha sur 16 ha loués, rapporte à titre personnel à l’ancien maire (famille de l’actuel maire) : 15 900 € par an. Depuis 40 ans les nuisances subies par l’environnement et les populations survolées à pleine puissance plusieurs dizaines de fois par jour ont donc rapporté personnellement à celui qui a autorisé et offert les moyens publics et privés de cette activité quelques 636 000 euros sur les bases du bail  actuel signé en décembre 2019.  

Les 4 ha complémentaires appartiennent à deux autres bailleurs. A noter que les parcelles d’un de ces deux bailleurs ont été déclarées à la PAC en 2021, tant le kérosène est reconnu pour être un engrais efficace.

Monsieur le Président, par lettre en date du 16 février 2022, vous aviez donné instruction à vos services préfectoraux de répondre à nos demandes. Non seulement il n’en a rien été mais en outre nos propositions constructives (ci-annexées) portées par la défenseure des droits ont reçu des dirigeants de l’association Pau Parachutisme Passion une fin de non recevoir. Elle en a rendu compte au préfet en attirant son attention sur les risques de dérapage que cette situation  engendre.

Depuis votre réponse, les effets du réchauffement climatique se sont puissamment manifestés et vous avez placé la rentrée politique sous le signe de la préoccupation environnementale et de la fin de l’abondance pour cette raison mais aussi pour des raisons économiques.

Or nous assistons ici tous les jours à la négation de vos orientations par vos propres services.

Le responsable de la gendarmerie reçu par notre association le 26 août dernier est parfaitement informé de la déficience des autorités publiques. Il est également conscient qu’une partie de la population pourrait elle-même faire appliquer la juste répartition des efforts que réclame la fin de l’abondance.

Nous souhaitons vivement que votre réponse soit cette fois rapidement suivie d’effets concrets.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre considération respectueuse.


A Saint-Armou le 12 septembre 2022 - Le bureau de l’association contre les nuisances de l’aérodrome de Lasclaveries


 

Lettre ouverte au Président de la République

Monsieur le Président,

Nous souhaitons attirer votre attention sur un cas qui symbolise le fossé existant entre des discours sur l’unicité de la république et la transition écologique et la réalité vécue par les habitants d’un territoire.

1°) Sommes-nous des sous-citoyens ?

La ville d’Idron en périphérie de Pau (Pyrénées-Atlantiques) s’est débarrassée d’une activité de saut en parachute… à 15 kms de là sur la commune de Lasclaveries. 

Il semble que les choses se soient négociées en petit comité privé puisqu’il n’y eut aucune enquête publique et que les 9 maires avoisinants ont unanimement demandé la fermeture de cette installation « allant à l’encontre de la tranquillité publique et même de la sauvegarde de la propriété privée, tant au niveau des habitations que des établissements publics tels que les écoles, par le survol continuel et assourdissant des avions ». Ils dénoncent en outre que le maire de Lasclaveries « a bénéficié à titre personnel de l’installation du para club en louant des terrains {qui lui appartiennent} au mépris des règles dont il est le garant »

La population emploie des termes plus crus pour qualifier le comportement de cet élu.

2°) Une pollution intolérable

Les pollutions engendrées par cette activité privée sont multiples.

En effet, les petits avions très polluants qui sont utilisés décollent au ras des toitures depuis les champs loués, ils montent ensuite en spirale au-dessus de nos villages, larguent les quelques parachutistes qui peuvent embarquer, redescendent au ras des toitures pour recharger et recommencer. Deux avions sont en rotation ce qui entraîne des nuisances continues à longueur de journée, week-ends et jours fériés inclus à raison d’un survol bas toutes les dix minutes prolongé d’un bruit continu de décollage, d’atterrissage et de montée en spirale à pleine puissance pour atteindre la hauteur requise.

La pollution sonore est tout simplement insupportable.

La pollution de l’air est moins apparente mais toute aussi réelle. Dans un secteur rural qui consent de gros efforts pour respecter les réglementations environnementales (activités agricoles, véhicules individuels indispensables aux déplacements), cette activité de loisir largue sur nos têtes et nos cultures l’équivalent de 66 300 litres de Kérosène par semaine soit 690 aller-retours Pau-Paris en voiture diésel.

3°) Mise en danger des populations

La mise en danger des habitants est pour sa part préoccupante en raison des survols répétés à très basse altitude (vidéos disponibles), de l’irrespect des couloirs de vol, des distances aux toitures, des descentes parfois aléatoires des parachutistes.

Cet affranchissement persistant de toute règle s’est tout particulièrement manifesté pendant le deuxième confinement où l’activité s’est poursuivie sans masque. Deux plaintes (semble-t-il non enregistrées) ont été déposées en gendarmerie pour mise en danger de la santé d’autrui avec photos à l’appui.

4°) Une aberration économique

Cette activité constitue également une aberration économique particulièrement choquante dans un secteur où les « retours sur impôts » sont faibles (disparition ou absence de  services publics). Notre aire géographique comporte de multiples installations de saut en parachutes très coûteuses déjà financées par nos impôts (aéroport de Pau-Uzein pouvant accueillir cette activité - son déficit nous coûte plusieurs millions d’euros d’argent public par an -, équipements de l’armée de l’air à Pau-Uzein et à proximité dans les Landes, etc.)

Nos propriétés sont également très dévaluées voire tout simplement invendables sans qu’il existe la moindre contrainte urbanistique, zone de bruit ou la moindre règle d’indemnisation. 

Certaines activités néo-urbaines en développement sur nos territoires péri-urbains (télé-travail préconisé par vos ministres par exemple) nous sont quasiment interdites : par exemple pendant les confinements, les enseignants devaient interrompre leurs cours en ligne tellement le bruit couvre leurs visios.

Ce non-sens économique est pourtant implanté sur les terres d’influence de votre Haut-Commissaire au Plan qui dispose là d’une belle occasion d'imaginer une reconversion vers une activité respectueuse de l’environnement, des populations, créatrice de richesse pour l’avenir de notre territoire et de nos enfants.

5°) Des services de l’Etat déficients 

Nous sommes étonnés par la façon dont cet aérodrome à usage restreint est organisé. Nous ne parvenons pas à obtenir d’informations claires mais on peut voir à l’oeil nu que les terrains mis à disposition de l’association 1901 à (soit-disant) but non lucratif qui gère l’« aérodrome » ne sont pas goudronnés, pas clôturés et abritent des baraquements de toute sorte y compris… un poulailler.

Les services de l’Etat saisis à titre individuel ou collectif par les habitants (DGAC, services préfectoraux, gendarmerie, …) tiennent un double langage surprenant.

Sourd aux demandes de fermeture des maires, le préfet nous fait répondre par l’avocat de l’aéroclub (!) ; il s’engage à organiser une réunion de conciliation puis ne répond plus ; d’autres nous indiquent par oral que « si nous pouvons lire les immatriculations sous les ailes de avions c’est qu’ils volent trop bas » (nous connaissons parfaitement ces immatriculations) ; d’autres encore, lassés de recevoir de multiples plaintes, se disent impuissants et nous invitent à saisir les médias. Le ministère de la transition écologique nous renvoie vers les transports, le ministère des sports et celui de la défense ne répondent pas. Or il semble que des contrats passés entre l’aérodrome et l’armée participent considérablement au maintien de cette activité nuisible et nous serions très intéressés à en connaître la nature, ainsi qu’à savoir si ce ministère intègre quelques préoccupations environnementales dans ses marchés d’externalisation.

Le maire de Lasclaveries, interrogé lors d’une visite en mairie puis par lettre recommandée, refuse de communiquer le moindre document administratif issu du registre des délibérations ou de celui des arrêtés municipaux. Les plaintes pour mise en danger de la santé d’autrui sont classées sans suite ou non enregistrées. Deux plaintes concernant des vols et vandalisme commis sur la propriété privée d’un adhérent sont classées sans suite alors que les responsables ne semblent pas bien difficiles à identifier.

6°) Des paroles et des actes

Monsieur le Président, il nous semble extrêmement dommageable qu’un tel écart existe  entre des discours nationaux sur la transition écologique et l’aménagement des territoires et des réalités locales qui nous font douter d’appartenir à la république que vous appelez de vos voeux.

A minima il apparaît de gros défauts dans la chaîne de commandement entre la tête de l’Etat et ses services déconcentrés ; entre l’article 8 de la convention européenne des droits de l’homme dont la France est signataire, entre le schéma régional de santé et l’activité d’un autre âge dont nous sommes les victimes.

Nous ne doutons cependant pas de votre volonté de faire correspondre les paroles et les actes en tout point de la république et nous entendons par la présente lettre vous aider à y parvenir.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre considération respectueuse.

A Saint-Armou le 24 janvier 2022 - Le bureau de l’association contre les nuisances de l’aérodrome de Lasclaveries